Oeuvres de Thérèse-Alphonse Karr – La Fille du cordier

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Garryowen, qui donne son nom à l’un des chants nationaux les plus populaires d’Erin, est situé sur le penchant d’une colline voisine de Limerick. De là, le coup d’œil n’est pas sans charme : il s’étend sur la belle et vieille cité, le noble fleuve qui baigne ses tours ruinées, et la campagne richement cultivée qui l’entoure. La tradition a conservé la cause qui rendit ce petit endroit célèbre, et l’origine de son nom, qui semble composé de deux mots irlandais, signifiant le jardin d’Owen. Il y a environ quatre-vingts ans, un homme appelé Owen était propriétaire d’un cottage et…

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Garryowen, qui donne son nom à l’un des chants nationaux les plus populaires d’Erin, est situé sur le penchant d’une colline voisine de Limerick. De là, le coup d’œil n’est pas sans charme : il s’étend sur la belle et vieille cité, le noble fleuve qui baigne ses tours ruinées, et la campagne richement cultivée qui l’entoure.

La tradition a conservé la cause qui rendit ce petit endroit célèbre, et l’origine de son nom, qui semble composé de deux mots irlandais, signifiant le jardin d’Owen. Il y a environ quatre-vingts ans, un homme appelé Owen était propriétaire d’un cottage et d’un morceau de terre, en ce lieu qui, vu sa proximité de la ville, devint, pour les assemblées du dimanche, le rendez-vous favori des citadins, soit qu’ils cherchassent le simple amusement ou la dissipation. Les gens âgés buvaient ensemble, à l’ombre des arbres ; les jeunes jouaient à la balle ou à d’autres jeux de force et d’adresse sur le gazon ; d’autres se promenaient par couples le long des haies et trompaient le temps par des distractions moins bruyantes, il est vrai, mais qui ont pourtant aussi leur fascination.

Toutefois, les réjouissances de nos pères se distinguaient fréquemment par un caractère de gaieté si fougueux, qu’on aurait pu prendre leurs réunions joyeuses pour des batailles rangées. Le jardin d’Owen fut bientôt aussi fameux par ses querelles que par ses amusements.

Ce nouveau genre de plaisir fut encouragé par un certain nombre de jeunes gens d’un rang supérieur à celui des visiteurs ordinaires du jardin. C’étaient les fils de marchands et de négociants en gros de la ville, qui venaient d’être libérés du collége, avec une plus forte provision de sève vitale que de sagesse pour la gouverner. Ces jeunes gentlemen, amateurs de choses spirituelles, s’amusaient à organiser des parties, la nuit, pour tordre le cou de toutes les oies et arracher les marteaux de toutes les portes d’alentour. Ils laissaient quelque fois leur génie prendre son essor jusqu’à briser une lampe, et même jusqu’à attaquer un garde de nuit ; mais peut-être cette sorte de plaisanterie était-elle trouvée trop sérieuse pour être souvent répétée, car leurs annales rapportent peu de hauts faits si audacieux. Ils étaient obligés de se borner aux distractions moins ambitieuses que nous venons de signaler : détruire les marteaux, ennuyer les paisibles habitants des maisons environnantes par leurs assauts longtemps continués contre les portes des façades ; effrayer les passants tranquilles par toutes sortes d’insultes et de provocations, et satisfaire leurs penchants fratricides sur toutes les oies de Garryowen…..

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